Quel monde pour demain ?

16-04-2020
Femme qui regarde par la fenêtre

En ces temps inédits de crise sanitaire et de confinement obligeant nombre d’entrepreneurs, de salariés, de citoyens, à rester chez eux, il est important de se poser les bonnes questions, voire de réaliser une petite introspection, afin de prendre nos responsabilités, chacun à notre niveau, pour rebondir au mieux dès que cela sera de nouveau possible. Petit tour d’horizon des constats et de nos souhaits pour le futur.

 

Qu’a-t-on appris de la crise de 2008 ?

La crise, financière puis économique, de 2008 a été classée au rayon des crises majeures, au niveau par exemple de celle de 1929. Suite à cette crise, les Etats ont débloqué tant d’argent pour sauver les banques et le système financier que l’on pouvait s’attendre à des VRAIS changements de société. Il est vrai que la réglementation des banques s’est renforcée : elles doivent par exemple détenir plus de fonds propres pour exercer leur activité, ou encore elles sont soumises à des “stress tests” pour vérifier leur capacité à supporter de nouveaux chocs. 

 

Mais les régulateurs de notre système financier, loin de la résilience qu’on aurait pu supposer comme voie d’avenir, ont demandé aux grands établissements d’être encore plus grands, avec toujours plus de concentrations et de regroupements possibles entre eux, donc plus à mêmes de résister à la prochaine crise. Pour ceux qui s’en souviennent, en 2008 était apparu le concept de “Too big to fail” (littéralement “trop gros pour échouer/chuter”), évoquant en gros que nous (comprendre par ce nous les Etats, les citoyens contribuables) ne pouvions laisser tomber les banques car elles étaient trop grosses et que les risques de déstabilisation de notre économie étaient trop importants si elles tombaient… Et comme dit plus haut, qu’a-t-on proposé en réponse à ce risque identifié d’établissements trop gros (Too big to fail) et manquant cruellement de transparence ? Rendre ces banques encore plus imposantes…

 

Pendant cette même période, le nombre d’épargnants solidaires et de clients dans les banques éthiques, comme la Nef en France mais plus largement dans toute l’Europe, a explosé. Une vague d’indignation avait laissé place à une recherche d’alternative par les citoyens. A l’époque le standard téléphonique de la Nef avait saturé et explosé devant les demandes de citoyens qui souhaitaient simplement une banque “normale”, qui finance l’économie réelle exclusivement, qui n’a pas de produits exotiques ni d’activité dans les paradis fiscaux, et qui naturellement publie ce qu’elle fait de l’argent qui lui est confié. 

 

Pour autant, plus de 10 ans après ces événements, et alors que l’engouement pour une finance plus solidaire est toujours aussi affirmé, force est de constater qu’il est toujours aussi difficile de faire émerger une banque éthique en France, pouvant proposer à ceux qui le souhaitent les services bancaires de base. La Nef poursuit ce combat, comme nombre de ses consoeurs européennes, et poursuivra celui-ci. Aujourd’hui plus que jamais, les voies alternatives doivent être privilégiées pour pouvoir nous adapter aux difficultés, aux crises. La situation actuelle le prouve de nouveau. 

 

 

Quel constat aujourd’hui ?

Il y a à peine un mois, une large part de nos habitudes quotidiennes, celle de fréquenter les commerces, les restaurants, d’amener nos enfants à l’école, de pratiquer des loisirs, d’assister à des événements culturels,… s’est trouvée à l’arrêt du jour au lendemain. Tous confinés, tous ceux qui le peuvent en télétravail, essayant tant bien que mal de continuer à “faire tourner” leur activité, les autres au chômage partiel. Et d’autres encore contraints d’être sur leur lieu de travail pour permettre de répondre à nos “besoins de première nécessité”.

 

Nous avons, à ce moment là, pu constater les dysfonctionnements multiples qui sont à l’oeuvre dans nos économies mondialisées, interdépendantes, et s’appuyant par ailleurs sur des politiques d’austérité pour combattre l’inflation comme s’il était un plus grand mal que le chômage, la misère, le manque d’éducation ou les inégalités sociales. Nous faisons ainsi produire nos nombreux biens et services au plus bas coût possible, quitte à ce que soit à l’autre bout du monde, délocalisant les emplois et aggravant les émissions de CO2. Nous privilégions sur certains territoires une agriculture intensive et non diversifiée, comme c’est le cas par exemple du bassin parisien (culture de céréales) sans penser que la polyculture pourrait limiter de nombreux risques. Un exemple récent pour illustrer cela : nous avons appris par la presse qu’en France nous avons fermé, il y a moins de 2 ans, une usine de fabrication de masques chirurgicaux, qui nous manquent cruellement aujourd’hui…

 

Ainsi, quand un pays comme la Chine tousse, c’est le monde entier qui se trouve en grande difficulté. 

 

 

Et demain ?

Au-delà des nécessaires réflexions à avoir pêle-mêle sur le rôle de l’Etat, la place de l’hôpital, ou encore l’importance d’un système efficace d’indemnisation du chômage, comment voulons-nous que soit notre société demain, quand nous sortirons, nécessairement affaiblis, de cette crise ? 

 

A la Nef, nous souhaitons que soit ancrée dans la réalité de tous les citoyens que les exploitations agricoles paysannes et biologiques, à taille humaine, qui proposent leur production de qualité, en circuits courts, ne soient pas des héros ou des personnes clés uniquement pendant la crise. Ce sont eux qui nous nourrissent. 

 

Nous souhaitons que l’Économie Sociale et Solidaire, celle qui vous anime vous entrepreneurs, et nous financeurs, puisse essaimer bien plus vite et plus globalement que ce n’est le cas aujourd’hui : des initiatives entrepreneuriales cohérentes, ancrées dans leur territoire, proposant des biens et services utiles, dans une démarche respectueuse de toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur. 

 

 

Nous souhaitons que l’innovation sociale occupe une place encore plus importante demain qu’aujourd’hui: faciliter la coopération entre les acteurs, les initiatives citoyennes, les prises de décision, bref toute notre organisation, pour accompagner la prise de conscience collective qui fleurit déjà chez nombre de nos concitoyens. 

 

Nous souhaitons enfin une véritable place pour la finance éthique et une véritable banque éthique en France, une banque qui puisse ainsi servir d’outil financier à tous les projets qui émergeront. Celle-ci serait elle-même soutenue, comme d’autres organisations d’utilité sociale, par les pouvoirs publics, afin qu’une réelle alternative aux banques classiques, peu à mêmes de transformer en profondeur les choses, puisse exister. Nous faisons aujourd’hui notre possible pour accompagner la transition, pour accompagner de nouveaux modèles de production, de consommation, de vivre et travailler ensemble. Mais bien entendu il nous faut également changer d’échelle pour faciliter cette émergence.

 

Nous devons faire front commun avec tous ceux qui s’inscrivent dans cette dynamique, au niveau institutionnel ou opérationnel, public ou privé, local ou national.

 

 

Au sortir de cette crise, nous nous réveillerons sûrement avec la gueule de bois. C’est là une occasion unique d’agir chacun à notre niveau pour dessiner un meilleur demain. 

 

 

Ivan Chaleil, directeur commercial et membre du directoire de la Nef

 

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