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Néo-banques vertes, comptes écologiques, éco-banque : mirage ou solution ?

Greenwashing ou réel engagement ? Les déclarations des grands groupes bancaires français sont souvent épinglées, dans un contexte où la responsabilité des banques dans le réchauffement climatique est de plus en plus pointée du doigt. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs émergent et promettent des alternatives aux banques polluantes.

Des “néo-banques » se sont ainsi lancées en France, proposant leurs “comptes et cartes bancaires écologiques”. Nous avons déjà mis en lumière, dans un précédent article, les différences entre ces projets de “comptes verts” (pas encore sortis au moment de l’écriture de l’article) et le modèle de banque éthique. Cette analyse reste valable et nous pouvons désormais nous pencher sur le circuit de l’argent proposé par ces offres.

Une analyse et un constat louables et partagés

Comme le rappelle Oxfam dans son dernier rapport, aucune banque française ne permet de respecter la trajectoire des accords de Paris de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C à horizon 2100. Leur politique en la matière reste largement insuffisante, même s’il y a de timides améliorations dans le discours et/ou les engagements portés par certaines d’entre elles.

Nous partageons le constat fait par les jeunes fintech « vertes » : nous n’avons pas le temps, l’urgence climatique est là et nous devons agir maintenant pour infléchir la tendance. Dans ce contexte, la finance est un formidable levier pour changer durablement la physionomie de notre économie. Si les banques françaises mettent en place des méthodes d’évaluation des impacts extra-financiers des projets qu’elles soutiennent et qu’elles adoptent des chartes visant à écarter les projets climaticides, nous ferons un bond en avant significatif. 

Penchons-nous maintenant sur le modèle et le fonctionnement des néo-banques qui souhaite proposer une alternative plus écologique aux banques traditionnelles.

Des prestataires de services de paiement, ni banques, ni établissements de crédit

Les néo-banques françaises ont suivi le modèle de Tomorrow, lancée en Allemagne quelques années auparavant : elles  proposent des services de comptes verts mais ne sont ni des banques, ni des établissements de crédit. Elles n’ont ainsi aucune capacité à employer directement les fonds déposés par leurs clients. 

Le circuit de l’argent, au lieu d’être interne à l’établissement, passe par divers organismes financiers qui n’ont pas d’engagement éthique ou écologique particulier. L’argent transite d’abords par des établissements de paiement ou de monnaie électronique, qui sont eux-mêmes tenus de déposer (ou cantonner) cet argent…dans des banques classiques.

La promesse selon laquelle les banques, où sont finalement déposés les fonds, assurent que l’argent des usagers des néo-banques sera uniquement utilisé pour financer des projets écologiques paraît bien fragile. D’abord, l’argent est “fongible”, il n’est pas possible d’isoler des dépôts pour affirmer qu’ils seront dédiés à tel ou tel investissement ou crédit bancaire. Ainsi, à moins que la politique globale d’investissement de la banque accueillant les dépôts soit orientée vers des projets écologiques et que celle-ci soit transparente, impossible d’avoir une vision claire de l’usage de l’argent. 

Des apports intéressants mais qui restent accessoires par rapport aux enjeux climatiques

Certaines éco-banques enrichissent leurs offres de fonctionnalités écologiques : cartes en bois ou recyclées, éco-coach, filtrage des dépenses pour donner une sensibilité carbone à ses achats, arrondis des centimes vers un réseau d’associations, système de “cashback” chez certaines marques engagées etc.

Si ces apports vont dans le bon sens, ils restent accessoires, comme une “cerise sur le gâteau” … mais sans le gâteau. L’enjeu principal (le gâteau) reste en effet l’usage de l’argent déposé. Comment offrir aux consommateurs un service de banque éthique au quotidien qui lui assure que son argent sera employé de manière responsable ? 

Force est de constater que, malheureusement, nous n’avons pas encore de réponses claires à ces enjeux avec le modèle des fintech qui se sont récemment lancées.

Des jeunes pousses inscrites dans un modèle d’hyper-croissance 

Levées de fonds importantes, marketing soigné , structuration verticale et statut SAS, comme nous l’avons vu pour bon nombre de Licornes, ou fintech, le risque du modèle d’entreprise qui porte ces projets est celui de l’hyper croissance et de la maximisation des profits. 

Comment être certain que ces établissements ne seront pas complètement vidés de leur substance, ou, pire encore, récupérés par une grande banque de la place pour verdir son image ? 

Soyons clairs sur nos engagements et nos exigences

Encore une fois, ces nouveaux acteurs partent d’un bon constat et ils réalisent un vrai travail de pédagogie sur la responsabilité de notre argent dans le réchauffement climatique. Nous le savons : le secteur financier et bancaire français est rigide, concentré, et très peu engagé dans la transition écologique … La réglementation est lourde, il est difficile d’innover et, même quand on essaie sincèrement de s’engager pour une finance plus verte et éthique, il est quasiment impossible d’être “parfait”. Mais un peu plus de sincérité, de (vraie) transparence et d’humilité seraient bienvenus. 

Nous sommes de plus en plus nombreux en France à prendre conscience du pouvoir de notre argent, de notre épargne, à vouloir mettre notre argent au vert, et c’est tant mieux car c’est un des leviers qui a le plus d’impact ! 

Mais ici comme ailleurs, attention aux promesses excessives, aux informations partielles… et à chacun d’entre nous de vérifier si les engagements réels des différents acteurs sont en phase avec notre degré d’exigence personnel.