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Tribune – « Nouveaux élus : il est temps de choisir à qui nos villes empruntent »

Après les élections municipales, la question des partenaires bancaires des collectivités mérite de s’inviter dans le débat. Transparence, impact social, exigence écologique : les critères de choix existent. Encore faut-il les mobiliser.

En mars 2026, les Français ont élu leurs maires. On a parlé logement, transports, sécurité, solidarité. On a débattu de ce que les villes doivent financer. Mais une question est restée dans l’angle mort : à qui empruntent-elles et selon quels critères choisissent- elles leurs partenaires financiers ? Pour réaliser leurs investissements, les collectivités empruntent auprès de banques commerciales. Et l’histoire montre qu’il faut rester vigilant : il y a quinze ans, le scandale Dexia révélait que plus de 5 000 collectivités françaises avaient souscrit des emprunts toxiques, pour un encours estimé à 13 milliards d’euros. Des communes, des hôpitaux, des départements se sont retrouvés piégés par des produits financiers opaques et spéculatifs, au détriment direct des services publics. Le contribuable a payé la facture. Cette crise a révélé un manque de transparence généralisé dans les relations entre banques et collectivités.

Depuis, les choses ont-elles fondamentalement changé ? Les collectivités empruntent toujours car elles en ont besoin pour investir, rénover, construire. Mais le cadre dans lequel elles sélectionnent leurs partenaires bancaires reste souvent réduit au seul critère du taux. Or d’autres exigences ont émergé. De plus en plus d’élus locaux intègrent désormais des critères extra-financiers dans leurs consultations : transparence sur l’usage des fonds, impact social des financements, cohérence écologique du prêteur. C’est une évolution logique. Quand une ville finance la rénovation de logements sociaux, la construction d’une crèche ou l’isolation thermique d’un groupe scolaire, elle agit pour l’intérêt général. Il est cohérent d’exiger que l’argent emprunté provienne d’un circuit lui-même orienté vers l’intérêt général et non d’établissements dont les activités financent, par ailleurs, l’expansion des énergies fossiles ou des projets socialement contestables.

Ce mouvement est déjà à l’œuvre sur le terrain. Des collectivités de toutes tailles, communes, métropoles, intercommunalités, font le choix de diversifier leurs partenaires bancaires et de solliciter des acteurs de la finance éthique. Je le constate au quotidien en tant que président de La Nef, banque éthique indépendante  : depuis sa création, 240 collectivités ont fait confiance à notre coopérative pour un montant total de 470 millions d’euros, avec une forte accélération ces trois dernières années, (plus de 70 projets financés pour près de 150 millions d’euros). Rénovation énergétique d’écoles, pistes cyclables, logements sociaux, maisons des associations, plans solaires territoriaux, espaces culturels : ces projets répondent à des besoins concrets des habitants, au croisement de l’écologique et du social.

Et la question de la provenance de l’argent emprunté compte autant que son usage. Quand les fonds proviennent d’épargne citoyenne, des particuliers qui choisissent consciemment de flécher leur argent vers des projets à impact positif, un circuit vertueux se met en place : les citoyens épargnent de manière responsable, ces fonds financent des projets d’intérêt général, et les collectivités investissent en cohérence avec les valeurs qu’elles affichent. Ce modèle existe, il fonctionne, et il est accessible à toute collectivité qui souhaite interroger ses pratiques bancaires. Il reste à l’accélérer.

Pour cela, je propose trois engagements que chaque nouveau maire devrait porter.

Premièrement, intégrer des critères de transparence, d’impact social et de cohérence écologique dans les consultations bancaires. Le code des marchés publics permet d’inclure ces exigences dans la sélection des partenaires financiers. Empreinte carbone du prêteur, politique de financement des énergies fossiles, transparence sur l’emploi des fonds, impact social des projets financés : ces critères peuvent peser dans le choix. Il suffit de les inscrire dans le cahier des charges.

Deuxièmement, publier la liste des partenaires bancaires de la collectivité et rendre compte de leur profil. La transparence est le premier levier du changement. Quand les citoyens sauront à qui leur ville emprunte, le débat pourra s’ouvrir. Des outils citoyens comme la plateforme Mairie-Me ont déjà permis aux habitants d’interpeller leurs élus sur les engagements concrets de leur commune, y compris sur les choix financiers.

Troisièmement, diversifier les sources de financement en intégrant au moins un prêteur éthique dans le pool bancaire. L’objectif est d’ouvrir le jeu. Ajouter un acteur de la finance éthique dans le panel de financeurs d’une collectivité, c’est envoyer un signal : celui d’une finance au service des territoires, de leurs habitants et de leur avenir.

Choisir sa banque, pour une collectivité, n’est jamais un acte neutre. C’est un acte politique. Il convient de s’interroger sur l’origine autant que sur la destination de chaque euro emprunté. À l’heure où la démocratie locale a besoin de sens et de confiance, où les citoyens demandent plus de transparence et plus de cohérence dans l’action publique, la question bancaire mérite d’entrer dans le débat municipal. En 2026, les nouveaux élus auront l’occasion de montrer que l’intérêt général se joue aussi dans le choix de ceux à qui l’on confie l’argent public. Un choix qui engage à la fois les valeurs de solidarité, l’exigence écologique et la transparence démocratique. Il est temps d’en faire un sujet de mandat.